L’archèterie, la lutherie, ce sont les plaisirs de l’atelier : choisir des bois, affûter ses outils et son imagination, puis ensevelir son établi sous les copeaux. Fabriquer des archets a ceci d’extraordinaire que leur rapidité d’exécution permet de concevoir leur forme en un seul geste de la pensée.

Tout dans l’archèterie tendrait d’ailleurs vers une manière de géométrie mystique – l’équerre comme l’outil cardinal, les carrés qui se fondent dans des trapèzes, les octogones qu’on recoupe en seize pans. Avec peu d’outils et peu de matière surgit une simple baguette de bois, à laquelle courbes et cambres, souplesses et tensions confèrent toute sa personnalité.

Le mystère de l’archet réside dans ce qu’il n’est que le tiers le plus humble de cette équation que complètent inéluctablement l’instrument et le musicien. Impossible pour autant de mettre au jour avec précision quelle subtile variation d’épaisseur ou de cambre rend l’archet efficace.

Ce monde de géométrie et de centièmes de millimètres est imprégné d’une poésie discrète qui prend sa source dans les veines du bois, les divagations de son fil et les nombreuses tasses de thé qui émaillent la journée de l’artisan, sauvé chaque soir de la crise mystique quand il vide les copeaux logés dans ses chaussettes.

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